socio
Démographie sociale de la France
Extraits
« Introduction
La démographie a pour objet l’étude des populations et traite de leur dimension, de leur structure, de leur évolution, envisagées principalement d’un point de vue quantitatif. Elle dispose d’outils d’analyse spécifiques.
Pour autant, la démographie, loin d’être une boîte à outils au service de sociologues, d’historiens ou d’économistes est une discipline à part entière. Être démographe exige une posture de recherche et d’analyse particulièrement attentive à la dynamique et à l’inertie des faits sociaux relatifs aux populations. Comme le notait le démographe Alfred Sauvy, « la lenteur des phénomènes démographiques les charge de conséquences, tout en les dérobant à l’attention des contemporains qui les subissent ». Le démographe, observateur des tendances de l’évolution et de la composition de la population, se doit d’en démontrer les mécanismes, les conséquences à venir et les incertitudes.
Les indicateurs qu’il construit ne trouvent sens que s’ils sont l’objet d’une rigoureuse construction, d’une analyse qui emprunte les apports de l’histoire, de l’économie, de la géographie ou encore de la sociologie et qui les nourrit à son tour. La démographie est donc une discipline qui doit se situer au carrefour des sciences sociales.
Les évolutions de la population française méritent d’être analysées sur le temps long, en particulier depuis le début du XIXe siècle, qui coïncide avec son entrée dans la transition démographique.
L’observation sur le temps long a l’avantage de mettre en lumière la dynamique propre et l’inertie des faits démographiques. Nous nous intéressons ici à la France métropolitaine, les départements et territoires d’Outre-Mer ayant une histoire démographique distincte de la métropole. »
Démographie sociale de la France de Virginie De Luca Barrusse, pages 9 et 10.
« c – Les enquêtes
Les enquêtes démographiques sont aussi nées de la volonté de connaître les caractéristiques de la population. C’est au début des années 1830 qu’elles se multiplient portées par des hommes, médecins ou hommes de lois surtout, proches du milieu de la philanthropie et de la réforme sociale, qui entreprennent d’évaluer les caractéristiques et les risques sanitaires et sociaux de certaines catégories de population (notamment ouvrières) afin de mettre en place des politiques adaptées. Tout au long du XIXe siècle, les investigations de terrain se multiplient sur des thèmes variés tels que la santé et la mortalité, la fécondité, les risques au travail… Mais elles ne s’imposeront avec des procédures scientifiques fondées sur la théorie des sondages qu’après 1950. Les enquêtes reposent en effet sur un principe fondamental : celui de la représentativité de la population interrogée. Elles postulent qu’en interrogeant une fraction de la population judicieusement sélectionnée, on peut élargir les observations à un groupe plus large présentant des caractéristiques similaires.
Désormais, les enquêtes se focalisent sur la mesure de la structure et de la dynamique de certains faits démographiques et sur l’interprétation des tendances observées. Moins coûteuses que le recensement, moins difficiles à organiser, elles permettent d’obtenir des informations sur des sujets précis ou des situations qui, lorsqu’elles échappent à l’enregistrement légal, comme la cohabitation, sont parfois difficiles à saisir.
Du point de vue de la collecte, on distingue les enquêtes rétrospectives ou prospectives. Les enquêtes rétrospectives s’intéressent aux caractéristiques biographiques des individus qui sont interrogés sur des événements passés. Les thèmes sont variés : par exemple, l’histoire familiale, résidentielle ou migratoire peut être abordée. Mais ces enquêtes souffrent de biais liés à la mémoire des enquêtés. Elle peut expliquer l’oubli de certains événements qui sont donc évalués à la baisse ou des erreurs de datation qui invalident le calendrier de ces événements. Les enquêtes prospectives, quant à elles, suivent et observent certaines caractéristiques sociodémographiques d’un échantillon d’individus au cours d’une certaine période. On parle aussi de panel démographique. Depuis 1950, l’enquête « Emploi » réalisée par l’Insee permet la mesure du chômage, donne des informations sur les professions, l’activité des femmes, la durée du travail. Elle est réalisée en continu auprès d’un panel de ménage.
L’échantillon démographique permanent (EDP) est une base de données qui couple des informations recueillies auprès d’un échantillon d’individus provenant des recensements et complétés par des données de l’état civil (les informations sont anonymisées).
Le fichier de l’EDP est composé des personnes nées un des quatre premiers jours du mois d’octobre et ce, depuis 1968. Il permet de reconstituer notamment les trajectoires résidentielles et professionnelles. Il peut aussi servir de base de sondage : la première enquête longitudinale française d’envergure, Elfe (Étude longitudinale française depuis l’enfance), qui suit une cohorte de 20 000 enfants de la naissance jusqu’à l’âge adulte et observe les différents aspects de leur biographie, s’appuie sur l’EDP (www.elfe.ined.fr). Mais ces enquêtes sont coûteuses, ce qui en limite considérablement le nombre et l’étendue (pour un autre exemple d’enquête, voir en ligne l’enquête « Sans abri Sans domicile » sur le site de l’Insee). »
Démographie sociale de la France de Virginie De Luca Barrusse, Premier chapitre: L'évolution de la population française, La production de données démographiques, pages 20 et 21.
« ENCADRÉ N° 4
Construire et commenter une pyramide des âges
Elle se compose de deux histogrammes renversés de part et d’autre d’un axe sur lequel les âges sont portés. L’utilisation de logiciels, souvent peu adaptés à ce type de tracé, explique qu’on trouve souvent les âges portés à gauche du graphique. Par convention, les effectifs à gauche de l’axe central sont ceux des hommes, à droite ceux des femmes.
Comme pour toute construction d’histogramme, il faut rectifier les effectifs s’ils correspondent à des classes d’âges d’amplitude inégale de façon à pouvoir à les comparer.
Les effectifs peuvent être portés bruts ou proportionnels. Le choix de l’un ou l’autre graphique dépend de ce qu’il s’agit de montrer. S’il s’agit de comparer des populations de taille très différentes, par exemple, la France et la Chine, les pyramides en effectifs bruts, permettront de vérifier la différence en terme de « masse » de population. Si on prend soin de donner la même échelle aux deux pyramides, celle de la France apparaîtra singulièrement petite en regard de celle, massive de la Chine. S’il s’agit maintenant de comparer la structure, selon l’âge et le sexe, et non plus de vérifier la taille des populations, on préférera ramener les effectifs totaux (hommes et femmes) à 1 000 ou 10 000 par exemple. La surface des deux pyramides dressées sera égale à 1 000 ou 10 000 personnes et les graphiques permettront de vérifier comment se répartissent les individus
selon le sexe et l’âge en Chine et en France.
Si la pyramide est une représentation de la population à un instant donné, elle porte la trace de l’histoire de la population et son devenir.
En effet, chaque âge représente une génération si bien que certaines pyramides font figurer l’échelle des générations en regard de celle des âges. La régularité ou les déformations de la pyramide, les classes d’âges creuses ou pleines, c’est-à-dire moins nombreuses ou plus nombreuses que les classes encadrantes, s’expliquent par l’histoire de la population.
Commenter une pyramide, c’est, dans un premier temps, décrire son allure générale : la pyramide est-elle régulière, « pyramidale » ou au contraire est-elle irrégulière, aussi large sinon plus au sommet qu’à la base ? Dans un second temps, il convient d’observer et expliquer, autant que faire se peut, les irrégularités de la pyramide, les classes pleines et creuses. On peut schématiser ainsi les raisons des déséquilibres de classes d’âges :
– Une classe peut être creuse pour plusieurs raisons : soit les effectifs concernés sont nés en moins grand nombre (comparativement à la période précédente et suivante) : il convient alors de s’interroger sur les générations concernées. Soit les effectifs sont décédés en plus grand nombre entre le moment de leur naissance et l’âge qu’ils ont atteint sur la pyramide. Les effectifs peuvent aussi être réduits à la suite d’une émigration spécifique à la classe d’âge.
Dans ces deux derniers cas, il convient d’interroger précisément l’histoire de ces générations et les événements qui ont pu les bouleverser.
– Une classe peut être pleine pour les raisons suivantes : soit les effectifs concernés sont nés plus nombreux (comparativement à la période précédente et suivante, quelles sont dans ce cas les générations concernées ?), soit les effectifs ont été augmentés par le fait d’une immigration concernant spécifiquement la classe d’âge.
Là encore l’histoire des générations permet de se prononcer sur les raisons du déséquilibre. »
Démographie sociale de la France de Virginie De Luca Barrusse, Premier chapitre: L'évolution de la population française, Encadré n°4, pages 44 et 45.
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