socio
Organisation du travail
Stratégies d'études
Pourquoi réfléchir à une stratégie d'études ?
Du point de vue de la réussite académique des étudiants, et des débouchés auxquels ils peuvent aspirer, la situation européenne des études en sciences humaines n’est pas brillante. Souvent rappelé par les différents rapports de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques, qu’il est d’ailleurs très utile de consulter en ligne pour se faire une idée des comparaisons internationales entre les systèmes universitaires (site de l’OCDE), le problème de l’insertion professionnelle des étudiants en sciences humaines n’est paradoxalement pas nécessairement pris en compte initialement dans les choix de formation des étudiants eux-mêmes. Si cette dimension ne peut être ignorée, cela ne signifie pas nécessairement qu’il faut conseiller aux étudiants de choisir d’autres domaines d’études que les sciences humaines, si tant est que leur choix exprime une réelle motivation. Cette dernière précision n’est d’ailleurs pas d’une prudence excessive. Beaucoup d’étudiants se retrouvent en première année de sciences humaines sans avoir choisi positivement d’y être. Ils y sont en effet conduits parce qu’ils n’ont pas réussi à obtenir une classe préparatoire, ou n’ont pas été acceptés par des formations plus courtes (du type BTS ou IUT), et que les autres formations universitaires de premier cycle (en sciences dures ou sciences du vivant) demandent des compétences qu’ils n’ont pas nécessairement. Les filières des sciences humaines accueillent donc, en première année, de nombreux étudiants qui n’ont pas nécessairement choisi ces études et s’y retrouvent parfois par défaut, sans perspectives et sans projets.
Le but des conseils stratégiques que vous trouverez ici est donc de vous sensibiliser à la nécessité de prendre conscience du problème pour chacune des disciplines que vous choisirez, et de vous engager à définir des stratégies d’études à moyen ou long terme, afin que votre choix de formation n’aboutisse pas à une désillusion coûteuse, après l’obtention d’un premier, voire d’un deuxième cycle en sciences humaines. La question se pose d’ailleurs avec d’autant plus d’acuité qu’outre le fait que les filières de sciences humaines sont très sélectives et peu professionnalisantes, elles subissent également le plus fortement la concurrence des élèves issus des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), puisque ces classes préparatoires n’offrent elles-mêmes que peu de débouchés vers des écoles spécialisées.
Comment réfléchir à une stratégie d'études ?
Il est bien sûr difficile dès les premières années de se projeter précisément dans l’avenir, et ce d’autant plus que vous ne connaissez pas encore véritablement la discipline dans laquelle vous entrez, et que vous n’êtes pas vraiment familiarisés avec le monde universitaire.
La première façon de vous sensibiliser à ces questions est ce qui est le plus immédiat : vos camarades. Les universités sont des lieux de sociabilité dont il faut en effet profiter. Vous allez être amenés à rencontrer d’autres étudiants, notamment dans le cadre d’une vie associative qui est très dynamique, et il faut profiter de ces rencontres pour vous informer, développer votre curiosité, et glaner les expériences de vie étudiante qui vous permettront de repérer les principaux enjeux de vos formations. Le fait d’adhérer à une association, qu’elle soit culturelle, sportive, cultuelle ou autre, vous aidera non seulement à mieux vous intégrer dans la vie de votre Université, mais sera également un moyen privilégié de comprendre les stratégies personnelles d’études. Certains réseaux sont d’ailleurs très utiles pour comprendre le panorama de la vie associative étudiante, comme par exemple Animafac, qui coordonne bon nombre des associations étudiantes françaises.
Le second moyen de prendre conscience de cette question est le contact que vous développerez avec vos enseignants, particulièrement ceux de TD, qui sont souvent plus jeunes et plus proches de vous. Ils peuvent également vous aider à rationaliser votre stratégie d’études, si tant est que vous commencez à en définir une (il est souvent compliqué pour un enseignant de réfléchir à une stratégie à votre place, et de vous imposer des finalités qui ne vous correspondraient pas). Les universités proposent d’ailleurs, depuis quelques années, des modules de sensibilisation ou d’éducation aux choix professionnels (pour les deux premières années de Licence), voire des modules de professionnalisation (plutôt en troisième année de Licence), qui ont pour rôle d’intégrer directement dans la formation universitaire la dimension de professionnalisation. Indépendamment de ces formations spécifiques, les enseignants peuvent toutefois jouer un rôle considérable dans la transmission de l’information, non seulement parce qu’ils ont été des étudiants et connaissent un certain nombre de stratégies d’études, et les moyens pour y parvenir, mais également parce qu’ils vous connaissent plus particulièrement. Ils sont donc souvent les mieux placés pour vous conseiller personnellement.
Le troisième moyen dont vous pouvez et devez user concerne les services que l’Université propose. Vous pouvez en effet vous adresser tout au long de l’année au CIO (Centre d’Information et d’Orientation) ou au SCUIO (Service Commun Universitaire d’Information et d’Orientation) de votre Université, pour prendre rendez-vous avec des conseillers spécialisés, ou consulter les dossiers déjà préparés, répertoriés selon les filières et les débouchés. Souvent décriés parce que les étudiants les connaissent mal ou ne savent pas les utiliser, ces services sont pourtant précieux. Là encore, comme vis-à-vis de vos enseignants, il vous faut comprendre que ces services ne vous proposent pas des carrières « clé en main ». Ils n’ont pas directement pour but de prendre votre cas et de décider à votre place de ce que vous devriez faire. Tout au contraire, ils vous aident à réfléchir aux moyens de réaliser un projet qui est d’abord le vôtre, et que vous devez commencer à concevoir par vous-mêmes.
Le quatrième moyen que l’on peut distinguer est plus général. Il s’agit d’un certain nombre de ressources documentaires disponibles sur papier ou en ligne. Outre certains sites déjà signalés, comme celui de l’OVE ou Animafac, bon nombre de sites officiels se développent pour vous donner de l’information ou des conseils d’orientation. Le portail édudiant est, par exemple, le site que le gouvernement dédie à ce type de questions. Le site du Centre d’Études et de Recherche sur les Qualifications propose également des analyses très rigoureuses du rapport entre formations universitaires et emploi. D’autres sites, souvent plus spécialisés et rattachés des universités particulières, sont utiles pour contribuer à votre réflexion. Pour l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), par exemple, il est très utile de lire les rapports de l’Observatoire de l’Insertion Professionnelle (OIP), pour mieux saisir les logiques de réussite ou d’échec. Ce site, dont vous trouverez l’analogue dans d’autres universités, n’est d’ailleurs pas seulement utile pour les étudiants parisiens, puisque la situation de ces étudiants est plus ou moins représentative de l’ensemble des étudiants en sciences humaines (quand bien même les étudiants de l’Université de Paris-Sorbonne réussissent sensiblement mieux leur insertion professionnelle que ceux d’autres universités). Par ailleurs, les magazines comme « L’Étudiant » ou « Studyrama » proposent ou ont publié des numéros spéciaux, ou des suppléments bien étayés (« les métiers de l’enseignement », « les métiers de sciences humaines »…) que l’on peut consulter sur internet. Il est évidemment impossible de recenser exhaustivement ce type de ressources, mais le simple fait de veiller soi même à se rendre régulièrement sur les sites indiqués vous permettra assurément de vous tenir au courant des principales publications nouvelles.
Les conseils stratégiques : une façon de vous dissuader de faire des sciences humaines ?
Le bilan de ces conseils stratégiques est souvent assez inquiétant, surtout si vous avez pris le temps de lire attentivement les conclusions des différents rapports, qui engagent souvent au pessimisme. Il faut toutefois noter que ce pessimisme est assez largement prévisible, puisque les sciences humaines (notamment la philosophie, l’histoire ou la sociologie) ont d’abord été conçues pour conduire à des carrières dans l’enseignement et la recherche. Il ne faut cependant pas négliger que de nombreuses opportunités nouvelles se développent. Ces opportunités sont essentiellement de deux types : une professionnalisation en deuxième cycle universitaire, ou une réorientation stratégique.
Les voies de professionnalisation, anciennement DESS, aujourd’hui masters professionnels (bien que la distinction entre masters de recherche et masters professionnels ait tendance à s’affaiblir), sont de plus en plus nombreuses. Elles nécessitent toutefois une excellence dans les études de premier cycle, puisque ces masters sont sélectifs (soit à l’entrée, puisqu’il faut obtenir certains résultats pour y accéder, soit dans les conditions de passage entre la première et la deuxième année). Le seul moyen d’y parvenir est donc de réfléchir en amont à ce qui pourrait vous correspondre, afin de définir des compétences requises, et des types de formations à privilégier à l’intérieur de votre cursus (soit sous la forme de certains enseignements à choisir, soit sous la forme d’un complément de formation en double cursus).
Cette considération stratégique est d’ailleurs strictement applicable pour les logiques de réorientation. Il n’est pas rare de voir un étudiant d’histoire, de lettres ou de philosophie chercher à intégrer, au niveau master, un cycle dans un institut d’études politiques, ou une école professionnalisante (comme les écoles de journalisme ou les écoles de commerce). La réussite de ces choix de réorientation dépend souvent d’une préparation qui ne peut se faire en un an, au niveau de la troisième année de Licence par exemple. Tout au contraire, si une telle stratégie vous apparaît comme possible, il devient nécessaire de profiler votre cursus de premier cycle, sans nécessairement y renoncer, mais en privilégiant des enseignements qui faciliteront votre stratégie de reconversion (en fonction par exemple des épreuves qui conditionnent votre réorientation dans telle ou telle formation). En outre, si le décloisonnement des cursus n’est pas toujours possible dans les faits, puisque la logique de la spécialisation prime souvent en premier cycle, vous pouvez toujours mettre à profit votre temps libre pour suivre d’autres séminaires ou compléter votre formation initiale.
Enfin, toutes les universités se sont désormais dotées d’un bureau des stages, qui propose, souvent à partir de la troisième année de Licence, des stages en rapport avec votre cursus, ce qui permet d’aller à la rencontre de différents milieux et d’enrichir votre CV. Il est donc très important de se tenir au courant des réunions d’information, des rencontres avec les professionnels, ou des journées portes ouvertes. Si la nuit porte conseil, ce n’est toutefois pas le sommeil qui vous aidera à vous construire un projet professionnel : il faut donc vous mobiliser, et vous construire en parlant, en sollicitant les divers organismes et bureaux à votre disposition dans le cadre des universités.
Tous les + pour réussir :
L'auteur
Agrégé de philosophie, Geoffroy Lauvau est ATER à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre de l'Observatoire européen des politiques universitaires (OEPU).
Spécialisé en philosophie politique et éthique, il achève actuellement un doctorat qui réfléchit à la confrontation entre la rationalité économique et la logique d'organisation de l'institution universitaire.

