socio
Organisation du travail
Bibliographies de cours
Les bibliographies de cours.
De plus en plus d’enseignants ont tendance à ne pas donner de bibliographies en début d’année. La raison principale de cela est le refus de noyer l’étudiant d’emblée dans une masse d’informations qu’il ne peut pas gérer, articulé à la volonté de le guider progressivement. L’effet pervers de cette précaution est de donner le sentiment à l’étudiant qu’il n’a pas un programme de travail très lourd. Il faut donc vous méfier de votre tendance à abonder dans le sens d’un allègement trompeur de la somme de travail exigée. Prenez donc très au sérieux les quelques informations qui vous sont données.
Votre premier réflexe doit en ce sens être de partir du programme tel qu’il est défini par la brochure d’enseignements, afin de donner une cohérence qui n’est pas forcément évidente à partir des indications bibliographiques. L’enseignant a en effet tendance à donner une bibliographie sans en donner les codes de lecture, parce qu’il raisonne à partir de ses propres connaissances, et à partir des précautions de lecture qui sont devenues pour lui des réflexes intégrés. Il ne songera donc pas nécessairement à vous introduire aux méthodes nécessaires pour appréhender sa bibliographie. Il vous faut donc partir de la finalité de son enseignement, c’est-à-dire des œuvres et des thèmes qui font l’objet du cours. Demandez-vous tout simplement, ou demandez lui, quelle logique articule le programme le plus strict et les indications de lecture. Prenez donc un moment, celui par exemple de la première semaine de cours, pour consulter rapidement les différents ouvrages et en évaluer la pertinence par rapport à l’objet de cours. Ce moment peut être plus ou moins long, dans la mesure où il dépend de la teneur du programme. Dans tous les cas, il vous faut vous approprier ce qui est attendu de vous. Par exemple, si vous travaillez en Histoire sur les rôles des gens de savoir au Moyen Âge, demandez-vous quels sont les présupposés d’analyse de cet objet d’études particulier. Cela suppose donc de votre part de produire une analyse sémantique de l’intitulé du cours et du programme : qui sont les personnes que l’on peut dénommer gens de savoir ? Quelles sont les limites temporelles de la période analysée ? Pourquoi mettre « les rôles » au pluriel ? En général, l’introduction faite par l’enseignant lors du premier cours a pour but de répondre à ces questions, mais cela ne vous dispense pas pour autant de faire vous-mêmes ce travail, puisque c’est en fonction de la compréhension que vous en avez que votre travail deviendra efficace.
Une fois réalisée cette analyse de l’objet du cours, vous serez en mesure d’évaluer l’utilité des indications bibliographiques proposées. Il ne s’agit pas ici de croire cependant que vous pouvez appliquer un jugement critique abstrait sur la bibliographie proposée. Il faut en fait que vous vous pliiez honnêtement, et sans préjugés, aux indications données. Ce n’est pas parce qu’un titre d’ouvrage ne correspond pas à ce que vous attendez, ou à ce que vous aviez imaginé du cours, que vous pouvez vous dispenser d’aller voir concrètement ce qu’il peut y avoir d’intéressant à l’intérieur de l’ouvrage. Votre but est ainsi double : faire une revue cursive des indications données, et opérer un tri parmi ces indications. L’exercice de revue est un exercice neutre : il s’agit de lire les introductions des ouvrages, d’analyser leurs sommaires ou tables des matières, de vous aider des index si les ouvrages en proposent, de lire la conclusion, et de vous attacher à approfondir éventuellement certains aspects à partir de la bibliographie proposée par les ouvrages eux-mêmes. Le but de cette revue est d’isoler les informations essentielles dans les ouvrages, afin de faire des lectures utiles. Il est donc normal que s’y articule un travail de tri, qui ne consiste pas du tout à juger de la valeur de tel ou tel ouvrage en fonction de la qualité d’écriture de l’ouvrage, de votre position idéologique, ou de tout autre caractéristique qui vous serait personnelle. Pourquoi, par exemple, refuser de lire un ouvrage de Luc Ferry, sous prétexte que la position de l’homme politique vous gêne, alors que cette lecture vous serait conseillée dans un cadre académique, qui n’implique pas nécessairement l’adhésion à son engagement politique ? Le tri a donc pour but de distinguer la pertinence de l’ouvrage par rapport à votre objet d’études, et de classer l’ordre des lectures en fonction de cette pertinence. Cela reviendra ainsi à dégager d’abord les ouvrages les plus généraux et les plus simples, pour ensuite vous attacher à définir le rôle de la lecture des autres ouvrages, en fonction par exemple de la façon dont ils permettent d’approfondir tel ou tel aspect abordé par les ouvrages les plus généraux. Par exemple, si vous cherchez à comprendre de quelle manière la poésie de Baudelaire peut passer pour un infléchissement des thématiques romantiques de la première moitié du XIXe siècle, il sera utile de lire et travailler Les mages romantiques de Paul Bénichou, avant de vous lancer dans des études plus spécialisées sur Baudelaire, comme les Dix études sur Baudelaire de Martine Bercot et André Guyaux.
Tous les + pour réussir :
L'auteur
Agrégé de philosophie, Geoffroy Lauvau est ATER à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre de l'Observatoire européen des politiques universitaires (OEPU).
Spécialisé en philosophie politique et éthique, il achève actuellement un doctorat qui réfléchit à la confrontation entre la rationalité économique et la logique d'organisation de l'institution universitaire.

