socio
Écrits et oraux
Réussir son oral
Règles pour la présentation orale.
L'oral, un exercice particulier.
L’entraînement à l’oral est un exercice capital, non seulement parce que vous serez amenés à passer des examens oraux, mais également parce qu’il est un exercice qui compte parmi le recrutement tant des futurs enseignants ou chercheurs, que plus largement pour la quasi totalité des professions auxquelles vous pourrez aspirer. Méthodologiquement, lorsqu’il s’agit du commentaire oral d’un texte ou d’une épreuve orale d’après un sujet de dissertation, les règles de conceptualisation de l’exercice sont les mêmes que pour les exercices écrits. En revanche, il est nécessaire de prendre en compte trois types d’exigences proprement orales : la gestion du temps, la qualité de l’attitude, et l’adaptation du contenu.
La gestion du temps.
Gérer son temps est le premier impératif de tout oral. Loin de se présenter comme une évidence, c’est une contrainte contre-nature : dans une situation habituelle, nul n’impose une limite stricte de temps à votre parole. En revanche, lors d’un oral ou d’un entretien, vous devez impérativement souscrire à une condition de temps limité, qui peut vous déstabiliser très rapidement, ou au contraire vous aider, selon que vous la maîtrisiez ou pas.
S’il est bien sûr impossible d’indiquer des règles absolues, puisque le type de contraintes varie selon l’oral que vous aurez à passer, il est néanmoins possible d’attirer votre attention sur le fait que la gestion du temps est d’abord une affaire matérielle. Elle passe par le fait de posséder une montre lisible ou un chronomètre discret posé sur votre table, devant vos feuilles de préparation. Elle exige en outre d’indiquer sur ces feuilles, de façon très claire et lisible, le cours du temps de votre prestation, afin notamment d’équilibrer les différents temps, ou les diverses parties de votre discours. Rien n’est plus catastrophique qu’un oral dont vous ne termineriez pas la démonstration, ou qu’un discours qui s’accélère au point de devenir inaudible. À l’inverse, parler la moitié du temps, ou ralentir excessivement votre débit, fait montre de votre incapacité à gérer votre parole, et souvent le cours et la teneur de votre pensée. Vous pouvez d’ailleurs aller jusqu’à prévoir des ex-cursus en marge de votre propos, afin de combler le temps qui vous resterait à occuper, si vous vous apercevez que vous êtes en avance pendant votre oral.
La gestion de l'attitude.
La gestion de votre attitude est le deuxième impératif de l’oral. Là encore, la diversité des situations condamne l’unicité de la méthode. Il convient toutefois de noter que vous avez le devoir de vous renseigner sur les conditions de l’oral que vous allez passer, afin d’adapter votre attitude à votre auditoire. Ce type de renseignements vous permettra d’avoir une tenue vestimentaire adéquate, de vous préparer au nombre de personnes que vous aurez en face de vous, et d’anticiper le type de situation auquel vous serez confronté.
Songez bien, dans tous les cas, qu’un jury n’est pas là pour chercher à vous déstabiliser : il n’a aucune raison de vous en vouloir particulièrement, et c’est votre attitude qui détermine la sienne. La mythologie des concours, ou de certains entretiens, pousse souvent la rumeur à alimenter une opinion délirante sur la bassesse morale de ceux qui vous évalueront, alors que l’évaluation du candidat n’est pas un jugement de la personne.
Il vous faut donc prendre très au sérieux des choses qui peuvent sembler anodines. Tout d’abord votre attitude corporelle : évitez les positions de retrait, comme les mains sous la table, le buste prostré ou encore les gestes de défi. Ensuite le ton de votre discours : posez votre voix, ralentissez votre débit pour marquer les temps importants. Enfin, plus simplement, l’attention que vous témoignerez aux membres du jury : veillez à n’ignorer personne, à écouter précisément les questions posées, à adapter vos réponses et vous garder de toute position péremptoire.
L'adaptation du contenu à la forme orale.
Le troisième impératif de l’oral tient à la nécessité d’adapter le contenu de votre propos.
La prise de parole implique une attention toute particulière à la clarté de la problématique ou de la présentation de ce qui fait le centre de votre discours. C’est en effet à vous de convaincre le jury de la pertinence de votre propos : il faut donc lui en donner les armes, c’est-à-dire faire en sorte de rendre pleinement intelligible ce qui fait l’unité de la construction de votre discours.
De même, il faut vous attacher à simplifier le plan de votre intervention. À la différence de l’évaluation de l’écrit, le jury n’a pas le temps et pas toujours la disponibilité d’esprit nécessaire pour revenir aux détails les plus subtils de votre démonstration. Il vous faut donc subtilement doser les moments les plus complexes, afin de ne pas noyer l’écoute, quitte à laisser, si c’est le cas, au moment de l’entretien la possibilité de revenir à des points plus complexes.
Cette nécessité d’être « suivi » vous impose, plus généralement, de délaisser fréquemment vos notes pour plus de spontanéité, mais aussi plus de connivence. Le monologue, dans ce cas, est paradoxalement interactif . Si vous le pouvez, pensez à utiliser le tableau pour noter les noms propres ou les termes spécialisés. Faites des schémas si le propos s’y prête et citez vos sources.
Enfin, moins essentiel, mais pourtant non négligeable, vos amorces, vos illustrations ou vos ouvertures doivent séduire, surprendre ou attirer l’attention. Veillez à manifester dans ces moments-là votre personnalité, vos goûts, et tout ce qui est de l’ordre de la séduction intellectuelle. Un candidat qui passerait un oral juridique sur le rôle des codes de déontologie dans l’élaboration des règles de droit, et commencerait par un article de loi, serait assurément moins original et séduisant que celui qui débuterait par le fait que Bentham passe pour l’inventeur du mot de déontologie, et montrerait que cette invention prend justement place dans une réflexion juridique sur les finalités de la loi.
La mise en pratique de tous ces conseils ne s’improvise pas. S’il est alors une dernière chose sur laquelle il faut insister, c’est le fait qu’un oral se prépare au moins autant sur la forme que sur le fond. Quel que soit celui que vous passerez, songez à répéter : un comédien, quand bien même il improviserait, ne monte pas sur une scène sans l’avoir déjà mimé et s’y être préparé ; pourquoi le feriez-vous et y réussiriez vous autrement ?
Tous les + pour réussir :
L'auteur
Agrégé de philosophie, Geoffroy Lauvau est ATER à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre de l'Observatoire européen des politiques universitaires (OEPU).
Spécialisé en philosophie politique et éthique, il achève actuellement un doctorat qui réfléchit à la confrontation entre la rationalité économique et la logique d'organisation de l'institution universitaire.

