socio

Culture générale

Culture g. et spécialisation

L’articulation de la culture générale et de la spécialisation.



Les écueils de la généralisation.


Le risque impliqué par le fait de chercher à se constituer une culture générale de la spécialité est de perdre de vue les exigences de votre spécialité. Si les ressources culturelles disponibles sont souvent transdisciplinaires, votre manière des les aborder n’en est pas moins spécifique, puisque c’est à partir d’une discipline que vous sollicitez certaines connaissances, qu’elles soient structurelles ou ponctuelles. Cela signifie que chaque discipline des sciences humaines se définit par une méthode qui lui est propre. La psychologie par exemple ne fournit pas le même travail et n’a pas la même finalité que la philosophie, quand bien même ces deux disciplines ont des affinités thématiques et des questionnements communs. Autrement dit, les informations culturelles nécessaires à ces deux disciplines sont souvent communes, mais leurs méthodes diffèrent. Il vous faudra donc trouver les moyens de ne pas confondre les exigences disciplinaires. Par exemple, la méthode philosophique cherchera à soumettre les justifications morales du comportement d’un individu à des exigences de principe, en proposant de rationaliser son comportement en fonction des différents systèmes moraux (déontologie, utilitarisme, ou encore éthique de la vertu). En revanche, l’analyse psychologique s’attachera moins à trouver les référents objectifs du comportement moral, qu’à comprendre les raisons subjectives qui poussent un individu à faire un certain nombre de choix, quand bien même ces choix peuvent apparaître objectivement comme incohérents ou absurdes. Dès lors, le souci culturel ne saurait se départir d’une exigence particulière à chacune des spécialités.



De la spécialité vers les apports culturels, et non l’inverse.


Il est impossible d’indiquer ici pour chacune des disciplines ce que seraient les particularités essentielles de leurs méthodes. Il est en revanche possible d’inviter chacun à la prudence. Comme étudiant vous spécialisant dans un domaine, vous avez d’abord le devoir de partir de votre domaine pour orienter vos recherches culturelles, ce qui implique deux types de précautions.
D’une façon générale, vous devez isoler ce qui fait la particularité de l’interrogation propre à votre discipline. Il faut donc travailler sur des outils de votre spécialité, c’est-à-dire sur des ressources produites par des auteurs spécialisés dans votre domaine. Là encore, les introductions aux ouvrages de spécialistes sont essentielles. Si vous êtes juriste par exemple, et que vous étudiez la façon dont s’est élaborée la constitution de la quatrième république, il faut privilégier un ouvrage rédigé par un juriste, et qui mobilise les éléments culturels essentiels à l’appréhension de la problématique du droit constitutionnel de cette période. C’est à partir de cette manière d’envisager votre discipline que vous pourrez dégager les présupposés, les attendus et les finalités de votre recherche culturelle. Procéder à l’inverse, en lisant par exemple un ouvrage d’historien sur les politiques de la quatrième république, sera passionnant en soi, mais risque de vous détourner de votre spécialité pour vous sensibiliser à des axes de problématisation qui ne sont pas immédiatement utiles. Il est donc nécessaire de consulter ce type d’ouvrages, mais seulement après avoir compris de quelle manière votre propre discipline vous y conduit.
D’une façon plus particulière, il est essentiel de soigneusement dissocier ce qui est de l’ordre de l’information culturelle de ce qui est de l’ordre de l’exercice universitaire propre à une discipline. En tant qu’étudiant d’une spécialité, votre but est d’abord de vous former à la réalisation d’exercices particuliers, comme les dissertations ou les commentaires. Ces méthodes, tout en reposant parfois sur certaines techniques communes, n’en sont pas moins différentes selon les disciplines. Commenter un arrêt en droit n’a par exemple pas grand chose à voir avec un commentaire de texte littéraire. Dans le travail que vous aurez à faire, il faut donc que vous vous efforciez de ne pas délaisser l’acquisition des méthodes propres à chacune des disciplines au profit d’une soif de culture, bien légitime par ailleurs. À cet égard, ce qui fait sens est d’abord la méthode de la discipline, et ensuite seulement la mobilisation des éléments culturels. Autrement dit, et très concrètement, lorsque vous rédigez une dissertation de philosophie, la connaissance historienne fait partie des exemples que vous pouvez mobiliser pour étayer une hypothèse conceptuelle, mais elle n’est pas le point de départ de votre raisonnement, puisque ce point de départ ne s’appuie pas sur les faits eux-mêmes, mais sur des définitions conceptuelles des termes du sujet.

Tous les + pour réussir :

L'auteur

Geoffroy Lauvau

 

Agrégé de philosophie, Geoffroy Lauvau est ATER à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre de l'Observatoire européen des politiques universitaires (OEPU).
Spécialisé en philosophie politique et éthique, il achève actuellement un doctorat qui réfléchit à la confrontation entre la rationalité économique et la logique d'organisation de l'institution universitaire.