philo
Philosophie politique XIXe - XXe siècles
Extraits
Page 7
" Ce manuel propose quelques repères pour s’orienter dans un champ de questionnement déterminé de la pensée philosophique du XIXe et du XXe siècle, en dégageant un certain nombre de problèmes relatifs aux limites et aux caractéristiques de ce champ : à quoi s’intéresse la philosophie politique ? Quels sont ses contours ou ses bornes ? Quels sont ses objets propres et ses interrogations spécifiques ? Aucune de ces questions ne peut recevoir de réponse simple et univoque ; mais toutes ont été pendant longtemps, et sont encore pour une large part, liées à un fait historique massif, le phénomène étatique, l’État.
Cependant, adopter pour fil directeur l’État appelle d’emblée plusieurs précautions de méthode, qui peuvent définir plus généralement la vigilance critique en philosophie et en histoire des idées. Ce choix n’est en effet légitime qu’à la condition de qualifier son programme et ses objets d’un triple point de vue, historique, théorique, critique."
Page 17
" L’historien des idées politiques doit tenir compte de l’histoire sociale et politique, et en tirer les leçons concernant un présupposé auquel il ne laisse d’être exposé, celui précisément de conférer subrepticement une autonomie aux « idées ».
À toutes fins utiles, on se souviendra que sous le bouleversement révolutionnaire courent de profondes continuités sociales et économiques, que les transformations des structures politiques en France, comme dans d’autres États européens déjà fortement centralisés et rationalisés administrativement à cette époque, remontent bien en amont de la fin du XVIIIe siècle.
Pour autant, si les dernières décennies du XVIIIe siècle ne marquent pas une coupure aussi radicale qu’ont cru le voir certains acteurs et spectateurs de l’événement révolutionnaire, la manière dont ces contemporains, philosophes, mais aussi juristes, historiens et hommes d’État, ont perçu et réfléchi cet événement importe au moins à ce titre que, dans cette situation de crise profonde, ils ont été contraints d’initier de nouvelles traditions théoriques et critiques (révolutionnaire, contre-révolutionnaire, libérale), où deux siècles de penseurs et d’acteurs viendront puiser des instruments d’analyse de ce que l’État peut être ou doit être, des schèmes d’intelligibilité de l’espace et de l’action politiques, souvent aussi des modèles d’intervention et des arguments pour les justifier, les légitimer ou les disqualifier. "
Page 233-234
(…) " les États modernes sont rarement survenus en donnant une simple sanction politique et institutionnelle à des identités ou des communautés nationales préexistantes ; ils ont souvent été des acteurs de leur formation – par des mesures d’uniformisation administrative du territoire, par des politiques d’unification linguistique et d’instruction publique, par des transformations voire des
« inventions » de traditions réalisant l’homogénéisation des repères symboliques et des imaginaires collectifs… Ils ont donc été des acteurs, dans des contextes historiques et à des degrés d’aboutissement différents, d’une nationalisation des sociétés (…)
Or c’est dans ces conditions que se sont développées (très inégalement cela va sans dire) les formes contemporaines de l’État de droit et de l’État social, et que se sont ainsi scellées dans un équilibre plus ou moins stable ces trois composantes : a) le principe de nationalité ou d’appartenance nationale, b) les institutions démocratiques garantissant les libertés politiques, la représentation et la participation des citoyens aux affaires communes, c) le développement et la protection des droits sociaux assurant une institutionnalisation des luttes sociales (…) La crise de l’État national peut dès lors être conçue comme une crise de cette synthèse de ces trois composantes, autrement dit, comme une remise en cause des limites que le cadre national a imposées aux institutions démocratiques, aux systèmes publics de protection sociale, aux instruments de régulation des conflits. "
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