philo

Philosophie antique

Extraits

« Introduction


La « philosophie antique » n’est rien moins que le commencement de la philosophie : elle n’est pas simplement la période la plus reculée de l’histoire de la philosophie, mais bien celle de ses débuts, lorsque l’Antiquité grecque introduisit dans le débat public, dans la recherche scientifique, dans l’enseignement et dans les moeurs une forme de questionnement et de réflexion dont on sait qu’elle a perduré jusqu’à aujourd’hui, sous le même nom. Aussi la présentation des oeuvres et des arguments philosophiques que nous proposons dans cet ouvrage est-elle une enquête historique, qui se consacre à des textes anciens écrits dans des langues désormais mortes, mais également une découverte des principes de la philosophie, dont la tradition, vingt-cinq siècles durant, ne manquera jamais d’attester la pertinence et l’actualité. Si la philosophie a bien une histoire, au gré de laquelle elle n’a eu cesse de se réinventer et de se donner de nouveaux objets, elle n’a pourtant jamais cessé de recevoir et de réfléchir son legs antique, son commencement.
Ce n’est guère que scolairement que l’on peut parler de philosophie « antique » ou de « philosophie ancienne » au singulier.
Et encore n’est-ce que de manière extrêmement vague, pour désigner une sous-région de la compétence historique (celle des travaux que des spécialistes consacrent à la philosophie ancienne ou à l’Antiquité en général), ou bien pour embrasser sous une seule et même dénomination l’ensemble des auteurs ayant vécu entre le VIe ou le Ve siècle av. J.-C. et le seuil byzantin du Moyen Âge chrétien. On retient souvent la date de 529, celle de l’édit de Justinien que nous allons évoquer, comme terminus de l’Antiquité.
Voilà qui rassemble donc près de douze siècles d’oeuvres écrites et d’enseignements oraux, de doctrines, de questionnement et d’arguments dont nous n’avons conservé qu’une partie, parfois très lacunaire. La période ainsi couverte est donc plus étendue encore que le temps qui nous sépare de la Somme théologique de Thomas d’Aquin, plus vaste que l’intervalle de temps qui voit se succéder les périodes médiévale, moderne et contemporaine.
Le millénaire ancien s’ouvre sur des cités relativement isolées et des échanges régionaux dans le seul monde grec, se poursuit avec le développement des cités de l’époque classique, puis avec les royautés hellénistiques et la constitution de l’Empire romain, au sein duquel la philosophía perdure après avoir survécu au déclin de la civilisation grecque. La philosophie, née au tournant des VIIe et VIe siècle av. J.-C. entre les cités côtières de Ionie et du sud de l’Italie, prend une forme véritablement institutionnelle à Athènes, au Ve siècle av. J.-C. Au gré de son histoire, elle se sera écrite en grec puis en latin, et elle se sera étendue depuis les faubourgs d’Athènes jusqu’aux frontières de l’Europe, à laquelle elle aura donné une culture et dont elle aura nourri la religion, le christianisme. »


Philosophie antique, coordonné par Jean-François Pradeau, Introduction, pages 9 et 10.


« Dans la généalogie des « anciens savants » qu’Aristote établit au premier livre de la Métaphysique, les Milésiens constituent le commencement de l’histoire de la nature (historía perì phúseoˉ s), de la recherche des « principes » et des « causes » de l’univers, de sa structure, et de sa rationalisation.
Premiers « savants », les Milésiens sont aussi appelés les « premiers philosophes » par Aristote (Métaphysique, 983 b 20). On doit reconnaître à Thalès, Anaximandre et Anaximène un certain privilège, celui de l’avènement d’un mode de pensée et d’écriture qui allait justement faire « école ».
La « philosophie » naît donc à Milet. La cité de Milet, située en Ionie, en Asie Mineure, est la ville la plus importante de la Méditerranée pendant la période archaïque, avant de céder l’hégémonie culturelle et économique à Athènes à la période classique. Véritable puissance coloniale commerciale, capable de se maintenir malgré ses conflits avec les Lydiens et les Perses, Milet est le noeud d’un réseau d’échanges intellectuels et culturels foisonnants dès le VIIe siècle et jusqu’à la fin du VIe siècle. De nouveaux savoirs positifs se croisent ; la cosmologie et l’astronomie rencontrent la géographie ou l’urbanisme, la géométrie et les mathématiques résonnent dans des inventions techniques directement pratiques. La prospérité économique, la richesse des échanges intellectuels et la diffusion de ces savoirs font de Milet le berceau d’une « philosophie » dont l’influence continua de s’exercer à la période classique.
Trois noms sont associés à Milet : Thalès (fin du VIIe sièclec. 548), Anaximandre (c. 610-c. 540) et Anaximène (c. 585- c. 525), tous trois originaires de la cité oligarchique. Leur oeuvre est perdue ; il ne nous reste que des témoignages qui requièrent une interprétation qui tienne compte du contexte de citation.
En moins d’un siècle, ces penseurs ont constitué une filiation de type scolaire, puisqu’on nous rapporte qu’Anaximandre était le disciple de Thalès, et Anaximène le disciple du premier. On ne peut savoir s’il existait une « école » au sens strict, comme à l’époque classique, mais on peut néanmoins affirmer que les Milésiens ont inauguré une tradition de pensée sur le monde naturel et humain.


1- Les pionniers dans la science de la nature


Comment cerner la spécificité du projet scientifique des Milésiens ? Aristote demeure un point de départ obligé, bien que son témoignage soit déjà une interprétation. Au livre A de la Métaphysique, Aristote se fait le premier doxographe de ceux qui ont enquêté sur la nature, et fait des Milésiens les pionniers de cette science d’un double point de vue :
a) contrairement aux cosmogonies poétiques d’Homère et d’Hésiode, les Milésiens ont choisi la nature pour objet de recherche, une nature démythifiée et uniformisée jusqu’à un certain point ;
b) d’autre part, ils ont non seulement ouvert la voie à une véritable science, qui se caractérise par la recherche et l’explication de causes et de principes sur ce qui naît et périt, mais aussi et surtout à une réflexion sur la science, donnant naissance à l’épistémologie.
L’action et la combinaison des causes permettent de rendre compte d’une manière rationnelle des phénomènes naturels. En ce sens, la cosmogonie et la cosmologie milésiennes constituent un mode privilégié de l’enquête sur la nature, puisqu’il s’agit de cerner un principe ou une cause dont le pouvoir explicatif s’étend à de nombreux phénomènes, suivant en cela un certain principe d’économie. Mais Aristote ne fait des Milésiens que de simples précurseurs, puisque, des quatre causes énoncées dans le livre A, ils n’en utiliseraient qu’une seule, la cause «matérielle » (Aristote, Métaphysique, 983 b 6-18). Revenons sur ces deux points.
Un des traits fondamentaux de l’école milésienne fut de rompre, du moins partiellement, avec ce qu’on appelle la « sagesse » orphique et les représentations mythiques de l’univers d’Homère et d’Hésiode. Les Milésiens placent leur oeuvre sous le signe du lógos, et non plus du seul mûthos, au moins sur deux plans. Tout d’abord, contrairement aux cosmogonies anciennes, dont la Théogonie d’Hésiode, les Milésiens ne parlent plus nécessairement de dieux, mais bien de principes (archaí) ou d’éléments (stoicheîa) constitutifs de l’univers, dont le nombre est réduit et dont les relations causales sont explicitées. L’objet des investigations des Milésiens est la « nature » (phúsis) dans son ensemble.
Ce concept est sans doute à prendre en plusieurs sens chez les Milésiens, mais il désigne, selon Aristote, la « nature » d’une chose, c’est-à-dire l’ensemble de ses propriétés à partir desquelles on définit son être et ses modifications. Bien que ces principes puissent, par eux-mêmes, être divins (comme Thalès semble le souligner lorsqu’il déclare que « Tout est plein de dieux »), l’univers semble gouverné par un principe d’organisation immanent.
Par ailleurs, il est important de souligner que les Milésiens rompent avec la tradition orale des cosmogonies versifiées pour adopter une prose qu’Aristote reconnait expressément comme « philosophique » et non comme poétique. »


Philosophie antique, coordonné par Jean-François Pradeau, Premier chapitre : L'école de Milet (par Olivier Renaut), pages 21 à 23.



« Les guerres médiques, conséquence de la révolte de l’Ionie (500-492), virent le triomphe d’Athènes sur les Perses (Marathon en 490, Salamine en 480) et un rééquilibrage du monde hellénique. Sparte sembla se désengager trop vite de la guerre après la bataille de Platées (479) qui chassa définitivement les barbares de Grèce balkanique, et lorsqu’elle se décida à exploiter en Asie la victoire pour y libérer les cités grecques, ce fut d’une façon tellement maladroite que les Athéniens en tirèrent tout le bénéfice.
Ceux-ci associèrent les Grecs des îles de l’Égée et de l’Ionie en une ligue (478-477) devenue plus tard un empire. Athènes devint ainsi, pour plusieurs décennies, la capitale d’un monde où la circulation des hommes et des idées fut permanente. Cela provoqua une transformation profonde de la géographie culturelle. Athènes, ville jusqu’alors relativement fermée, s’ouvrit au grand large, perdit progressivement l’usage de son dialecte et se transforma en une cité cosmopolite. S’y rassembla tout ce que l’hellénisme comptait d’intellectuels, et l’Ionie perdit sa prééminence en matière philosophique.


1- Autour de Cimon


Autour de Cimon (c. 510-449), stratège qui avait assuré la suprématie d’Athènes, se groupèrent poètes et autres auteurs.
Celui-ci ne passait pas pour avoir été d’une intelligence déliée mais il avait reçu une excellente éducation aristocratique. Il avait su, ainsi, séduire la noblesse d’Asie. Ion de Chios (c. 490-c. 422), notamment, le suivit à Athènes. Il côtoyait en sa demeure Bacchylide de Céos, Sophocle ou Phérécyde dit d’Athènes, ainsi que le philosophe Archélaos qui fut le maître de Socrate. Vivant dans une atmosphère qui convenait bien à ses origines nobles, il se distingua par une oeuvre littéraire importante (tragédies, oeuvres lyriques, traités historiques). Sa philosophie semble contenue dans sa Triade (Triagmós), si tant est qu’il en soit véritablement l’auteur. Il pose comme principe qu’il existe dans le monde physique trois éléments (le feu, la terre et l’air), et dans le domaine de l’éthique, de façon parallèle, il établit que « ce qui fait la valeur (areteˉ' ) de chaque être en particulier est la triade formée par l’intelligence (súnesis), la force (krátos) et la chance (túkhe- ) », la chance pouvant procurer les mêmes effets que la sagesse (sophía). Il faut se demander, puisque l’on sait qu’il écrivit un Hymne à l’Occasion (Kairós) dont on connaît seulement le titre, si la chance est pour lui l’instrument permettant de profiter de l’occasion. Il participa ainsi, sans doute, à un débat dont Hippocrate ou Thucydide, qui faisaient pour leur part confiance au pouvoir de la raison pour saisir cette dernière, se font l’écho.
Cela montrerait qu’il avait su passer au-delà de ce qui faisait l’essentiel de son succès mondain. Ce qui néanmoins frappe chez Ion n’est pas tant son oeuvre que sa capacité à jouer en politique le séide de Cimon, ne manquant jamais une occasion pour brocarder Périclès auquel il reprochait, comme d’autres adversaires de la démocratie, son style de vie, sa pratique et ses choix politiques.


2- Le cercle de Périclès


C’est Périclès (c. 495-429), à qui l’on dédie le cinquième siècle comme s’il était le seul personnage qui y fût essentiel, que l’on crédite d’avoir su regrouper autour de lui un certain nombre d’intellectuels de la meilleure qualité en ce qui est appelé son « cercle ». Platon, qui lui reproche d’avoir conduit les Athéniens à la ruine morale, reconnaît pourtant qu’il avait fréquenté de nombreux savants et que, bien doué par la nature, il en avait tiré profit.
L’Athénien Damon (c. 500-c. 425), du dème d’Oa, fut, selon toute vraisemblance, l’un des inspirateurs les plus proches de Périclès ; il fut d’ailleurs, pour cela, ostracisé dans les années 440 et exilé durant dix ans. S’il est réputé pour lui avoir fait prendre la décision, essentielle pour l’évolution politique et sociale de la cité, de verser une indemnité aux juges, il aurait aussi été l’auteur d’un Aréopagitique que l’on ne peut guère reconstituer, mais dont il faudrait se demander quelle signification il pouvait avoir, en une époque où le parti démocratique avait privé l’Aréopage des pouvoirs que ce dernier s’était attribués au-delà de ceux que la constitution lui accordait.
L’essentiel de son oeuvre est connue par ce qu’en rapportent Platon puis Philodème de Gadara. Il s’agissait d’une théorie des rythmes musicaux et de la façon dont on peut enseigner, par la pratique instrumentale ou chorale, le courage, la sagesse, la justice et le respect des lois, l’essentiel étant peut-être qu’une fois qu’aurait été trouvée la musique convenant à tel ou tel régime pour des célébrations collectives, les règles en devinssent intangibles. On pourrait penser que ce mode d’éducation devait concurrencer la rhétorique et que Damon s’opposait ainsi aux sophistes de son temps. Il n’en est sans doute rien dans la mesure où il fut proche de Prodicos de Céos (c. 470-c. 390), le maître dans l’analyse de la rectitude des noms et des jeux de la synonymie, dont Thucydide montra de quelle importance ils furent dans la cristallisation des idéologies partisanes de son temps.
»


Philosophie antique, coordonné par Jean-François Pradeau, Toisième chapitre : Athènes (Socrate, les sophistes et les débats philosophiques) (par Jean-Marie Bertrand), pages 45 à 46.


« 1- Épicure : vivre et philosopher

On présente couramment les spéculations des philosophes comme une distraction éventuellement stimulante, formatrice dans le meilleur des cas, mais qui ne s’avère pas d’un grand secours dès que commencent les choses sérieuses : décisions importantes, circonstances difficiles.
Épicure veut renverser cette image facile. Si notre vie nous comblait, si notre éducation et notre expérience nous rendaient capables de mener une existence stable, exempte de ces inquiétudes et de ces peurs obscures qui gâchent jusqu’à nos plaisirs les plus élémentaires, nous n’aurions certes que faire des lumières de la philosophie. C’est parce que la plupart des hommes ne cessent de se tourmenter pour leur vie comme pour leur mort, faisant de leur âme un vase infecté dans lequel tout ce que l’on verse se corrompt, et de leur existence commune une arène de violence et de passions mortifères, qu’il est urgent pour chacun, jeune ou vieux, de philosopher.
Épicure va donner une dimension nouvelle au modèle médical qui a tôt influencé la manière dont les philosophes grecs ont conçu l’efficace pratique de leur discipline. L’ignorant est un malade en proie aux opinions vides, esclave de ses affects erratiques. Symétriquement, « vide est le discours du philosophe qui ne soigne aucune passion humaine ». Cette vertu thérapeutique commande la nature même de l’argumentation philosophique.
Comment Épicure en est venu à donner ce sens précis à sa vocation, les éléments biographiques dont nous disposons ne permettent guère, malheureusement, de le comprendre.
Né en 341 av. J.-C. à Samos, il avait pour parents des Athéniens venus s’installer dans l’île comme colons. S’étant plus tard rendu à Lesbos, il y fut maître d’école (311), avant de s’établir à Lampsaque, sur l’Hellespont (310-306). C’est durant cette période qu’il commence à nouer des liens avec ceux qui devaient devenir ses premiers disciples : Hermarque, Idoménée, Métrodore, Polyène. Il arrive enfin à Athènes, libérée par Démétrios Poliorcète, pour y fonder en 306 sa propre école de philosophie, qu’il installe dans un jardin situé non loin de l’Académie, au nord-ouest de la ville. L’enseignement n’y est pas séparable d’une vie en commun fondée sur les valeurs de l’amitié – concept-clef de l’éthique épicurienne –, chacun étant encouragé à vivre selon les préceptes de la doctrine. Le maître meurt en 270, laissant un testament qui institutionnalise fêtes et commémorations destinées à maintenir la communauté soudée autour de sa mémoire.
Nous savons peu de choses sur la formation philosophique du fondateur du Jardin, dont un personnage-clef paraît être Nausiphane, qui l’aurait initié à l’atomisme de Démocrite. Lui-même était peu enclin à reconnaître sa dette à l’égard de ses maîtres et de ses prédécesseurs, attitude qui, comme son mépris affiché à l’égard de l’éducation traditionnelle (la paideía), marque une volonté de rupture : seul compte le savoir qui sert adéquatement la recherche du bonheur. Épicure fournissait ainsi aux écoles philosophiques rivales une belle occasion de le discréditer, elles qui jugeaient déjà insupportables et provocateurs son matérialisme atomiste refusant toute finalité et toute providence, sa théologie « indifférentiste » niant toute implication des dieux dans les affaires humaines, ou encore son hédonisme éthique, qui fait du plaisir le seul but de notre existence et le seul critère de nos choix.
Épicure, dira Gassendi au XVIIe siècle, fut le philosophe le plus calomnié de l’Antiquité – et cela en contraste avec le grand engouement que suscita sa doctrine à Athènes, comme plus tard à Rome. Cette hostilité s’est-elle traduite par une censure affectant la transmission des oeuvres ? Toujours est-il que, des trois cents rouleaux attribués à Épicure, « auteur des plus prolixes », par Diogène Laërce (à qui nous devons la plupart de nos informations sur la vie et l’oeuvre du maître du Jardin), ne subsistent que quelques fragments. Dans le livre X de ses Vies et Sentences des
philosophes illustres, Diogène reproduit intégralement trois lettres d’Épicure : à Hérodote, sur la physique ; à Pythoclès, sur les météores ; à Ménécée, sur l’éthique ; il y joint quarante Maximes capitales. Avec les quatre-vingt-une Sentences découvertes à la fin du XIXe siècle à la bibliothèque Vaticane, ces textes constituent l’essentiel de ce que nous pouvons lire aujourd’hui
d’Épicure lui-même. Les témoignages complémentaires sur la
doctrine nous viennent de quelques disciples comme Lucrèce et Philodème (1er s. av. J.-C.) ainsi que de sources doxographiques (Cicéron, Sénèque, Plutarque en particulier).
»


Philosophie antique, coordonné par Jean-François Pradeau, Septième chapitre : L'épicurisme (par Alain Gigandet), pages 153 à 155.

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L'auteur

 

Jean-François Pradeau est professeur de philosophie antique à l’Université Lyon 3 – Jean Moulin.

Il a coordonné Philosophie antique avec la collaborations de Olivier Renaut, Francesco Fronterotta, Jean-Marie Bertrand, Enrico Berti, Thomas Bénatouïl, Alain Gigandet, Mauro Bonazzi, Richard Dufour, Luc Brisson et Sébastien Morlet.

 

 

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