philo
Méthodologies
Extraits
« II. La culture générale
Les conseils qui suivent ont pour ambition d'attirer votre attention sur ce qui vous permettrait d'optimiser votre formation de spécialiste dans une discipline particulière.
Contrairement à ce que semble impliquer la logique de la spécialisation relative du premier cycle, qui vous engage à limiter votre formation à un domaine universitaire particulier dans les sciences humaines, il s'agit ici de vous montrer l'intérêt véritable d'une formation plus générale aux connaissances des sciences humaines. Plus précisément, vous trouverez trois types de conseils : un propos attirant votre attention sur la nécessité d'acquérir une culture générale de spécialiste, un état des lieux des moyens disponibles pour acquérir cette culture générale et enfin des conseils pour articuler la culture générale à un domaine de spécialisation.
Il faut tout d'abord dépasser le paradoxe de l'expression « culture générale de spécialiste » en prenant en compte le fait que la spécialisation dans un cursus particulier des sciences humaines ne signifie nullement qu'il ne faut posséder que les connaissances de ce domaine. Tout au contraire, la méthode et les connaissances spécifiques d'un domaine n'ont de pertinence qu'en se situant par rapport aux autres domaines, c'est-à-dire en s'aidant des apports des autres domaines afin de mieux comprendre la spécificité de celui que l'on a choisi et la façon dont il recoupe les autres et interagit avec eux.
Il est ensuite nécessaire de posséder des outils pour acquérir cette culture générale de spécialiste, ce pourquoi vous trouverez ici un état des lieux des moyens disponibles pour acquérir une culture générale. Cet état des lieux n'a pas pour ambition d'être exhaustif, mais a non seulement pour but de vous indiquer un certain nombre d'outils de travail, mais surtout de vous sensibiliser aux moyens de le faire, afin de vous rendre autonome dans votre recherche des moyens adéquats en fonction de votre domaine.
Enfin, vous trouverez ici des indications de travail pour articuler la culture générale à votre domaine de spécialisation. Là encore, il serait vain de vouloir vous fournir un état des lieux des méthodes qui servent à cette articulation. C'est la raison pour laquelle les conseils ici prodigués auront pour but de vous familiariser avec une manière de procéder qui se veut commune aux différents domaines. »
Méthodologies. Première partie - Approche générale, Chapitre 2 - La culture générale, pages 35 et 36.
« Les références philosophiques
Est-il indispensable d'utiliser des références philosophiques, c'est-à-dire de procéder à des emprunts explicites à des auteurs de la tradition ? À parler en toute rigueur, non : on peut très bien imaginer une dissertation ou une leçon qui ne renverraient à aucun auteur, et qui n'en témoigneraient pas moins de toute la précision attendue dans l'analyse et dans la problématisation ; mais à vrai dire, ce cas est tout idéal, il existe en droit, et aucun exercice ne saurait, en fait, se passer de l'apport considérable, pour l'analyse et la problématisation elles-mêmes, que peut constituer le recours aux grandes philosophies.
Car une philosophie du passé est, pour l'auteur d'une dissertation ou d'une leçon, un réservoir d'analyses et de problèmes possibles, auxquels « on n'aurait pas songé tout seul », et dont il serait vain de prétendre se passer. Pas davantage, mais pas moins non plus. Elle contient un grand nombre d'outils pour l'analyse et pour la problématisation.
L'usage des références philosophiques n'est en rien contradictoire avec l'exigence, effectivement valable pour la dissertation et la leçon – comme pour toute réflexion –, du « penser par soi-même » ou de la « pensée personnelle ». Mais on pose mal le problème, dès lors qu'on trace une alternative entre la « pensée par soi-même » et la « pensée par autrui » ou « à travers autrui » qu'impliquerait la référence à des auteurs : car une pensée personnelle qui ne se serait jamais confrontée à d'autres pensées aurait toutes chances – admettons que ce ne soit pas impossible – d'être vide (de n'être pas une pensée du tout), et c'est par une telle confrontation que l'on apprend à reconnaître ses préjugés, c'est-à-dire à conquérir, précisément, sa propre part d'originalité.
Le statut d'outil ou d'instrument propre à la référence philosophique demande à être toujours maintenu, au détriment d'une démarche trop souvent adoptée qui consisterait à s'installer dans la doctrine d'un auteur et à considérer qu'une partie du développement est vouée, au fond, à exposer cette doctrine. On doit utiliser, d'une doctrine, juste les éléments dont on a besoin pour son sujet, et bien entendu les présupposés théoriques qui vont avec, sans lesquels ces éléments sont inintelligibles.
Enfin, le principal écueil concernant la question qui nous occupe ici est celui de la simple succession ou du simple « défilé » des doctrines philosophiques au sein du devoir. Le mieux est sans doute de s'en tenir à trois doctrines, une pour chaque partie de l'exposé : c'est ainsi que l'exigence principale du devoir, qui est de poser et de re-poser correctement un problème, pourra le mieux se voir satisfaite.
• Les transitions
Doit-on ménager, entre les parties, des « transitions » ? Dans la mesure où de tels moments se signaleraient, par définition, par leur absence de contenu philosophique, un soupçon pèse nécessairement sur eux. Il en va toutefois de même que de l'« annonce de plan », par exemple : leur fonction est purement rhétorique, mais leur présence est indispensable, à l'écrit comme à l'oral.
C'est l'élégance qui constitue, comme pour l'annonce de plan, leur impératif. Une absence totale de transitions entre les parties ou entre les analyses finit par donner l'impression, en effet, d'un vide ou d'une lacune sur le plan philosophique lui-même, comme si les parties étaient simplement juxtaposées, comme si aucun fil conducteur (c'est-à-dire : la problématique elle-même) ne les reliait plus. »
Méthodologies. Deuxième partie - Les methodes part disciplines, Philosophie - Dissertation et leçons philosophiques, pages 256 à 258.
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Né en 1978, Johann Chapoutot est maître de conférences à l'Université Grenoble II. Il mène des recherches résolument pluridisciplinaires, publiant en histoire comme en lettres ou en philosophie. On peut dire de l'histoire ce que Pascal pensait de l'univers : son centre est partout, sa circonférence, nulle part.
Spécialiste d'histoire culturelle et politique, germaniste et germanophone, il s'intéresse particulièrement à l'Allemagne contemporaine, à laquelle il a consacré son travail de thèse. Enseignant et chercheur, il accorde une grande importance à la transmission des savoirs dans le cadre de ses fonctions universitaires comme dans celui, plus informel, de conférence visant un plus large public.
Agrégé de philosophie, Geoffroy Lauvau est ATER à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre de l'Observatoire européen des politiques universitaires (OEPU).
Spécialisé en philosophie politique et éthique, il achève actuellement un doctorat qui réfléchit à la confrontation entre la rationalité économique et la logique d'organisation de l'institution universitaire.

