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Les fondamentaux de la rédaction



La langue : orthographe, style et ponctuation.


Les recommandations générales concernent avant tout la maîtrise de la langue française : orthographe, style ou ponctuation. En plus de vous rendre strictement lisibles, ces règles donnent davantage de crédit à votre propos.
Quelle que soit la force de votre analyse, par exemple celle qui porterait sur un passage de la Critique de la raison pure, vous peinerez à convaincre un enseignant qu’elle manifeste un travail réel et rigoureux, si vous écrivez « transcendence » et non transcendance ou « rationnalité » et non « rationalité », tout simplement parce que ces mots apparaissent sans cesse dans le texte de Kant, et parce que vos erreurs semblent traduire une absence de lecture. Imaginez votre propre agacement lorsqu’un enseignant continue, après quelques semaines, à écorcher votre nom lors de l’appel : comment voulez vous qu’il soit indulgent à votre égard, si par exemple vous pensez qu’Adolphe Thiers s’orthographie « Tiers », ou que Marc Bloch s’écrit « Bloc », alors qu’il a consacré une partie des vingt dernières années de sa carrière à étudier ces personnages ? Il faut donc être rigoureux sur l’écriture des termes spécialisés ou des noms d’auteurs, et éventuellement vous constituer des carnets de notions.
La question du style est également essentielle. Beaucoup d’étudiants en sciences humaines ont tendance à vouloir manifester à tout prix leur côté littéraire par l’affirmation d’un style original, ou plus simplement par la volonté de montrer qu’ils savent écrire comme des littéraires. Cela les conduit à adopter des attitudes ou des postures d’écriture inutilement complexes et alambiquées. Tout au contraire, songez que vous n’êtes pas nécessairement toujours familiers de la discipline à laquelle vous vous formez, et que ce qui pouvait à la rigueur être toléré dans la langue plus généraliste des études secondaires, ne le sera plus dans des études universitaires spécialisées, dont le discours est désormais rigoureux et scientifique. Votre écriture doit donc d’abord être la plus claire possible, c’est-à-dire que vos phrases doivent être courtes et bien construites. Évitez le discours indirect (souvent difficile à maîtriser), ne multipliez pas les incises  (elles traduisent souvent un manque d’articulation de votre pensée), et limitez les subordonnées (elles créent une cacophonie du propos, parce que plusieurs idées se superposent). Renoncez aux envolées lyriques, au ton prophétique (« l’histoire lui donnera raison »), polémique (« ces analyses sont parfaitement dépassées »), ou péremptoire (« les horribles remarques de Renan sur l’humanité homogène » / « selon la sublime phrase de Schopenhauer »). Si le style naît sous contrainte (les architectes en témoignent), loin d’appauvrir votre langue, ces règles de simplicité vous permettront de développer progressivement une identité littéraire sans sacrifier à la rigueur scientifique. Faites d’ailleurs attention aux effets mimétiques : les « existentiaux » n’appartiennent qu’à Heidegger, et la caricature de ce style éminemment reconnaissable et difficilement imitable prêtera le disciple à sourire ou l’adversaire à grincer des dents, les deux ne s’accordant qu’au plan de la sanction qu’ils risquent de vous infliger !
Soyez également conscients du rôle de la ponctuation. La distance critique de la recherche ou de l’analyse écarte en effet l’emphase en même temps que ses signes apparents : points d’exclamation (!), points de suspensions ironiques (…) ou étonnés ( ?!) sont très exceptionnels, et généralement à bannir. Évitez également de multiplier les parenthèses (très utilisées en anglais), et privilégiez la reformulation, qui permet de s’approprier le contenu d’un cours ou d’une analyse, et de l’intégrer à votre argumentation. Ces réserves ne doivent cependant pas vous conduire à abolir toute ponctuation : vous trouverez, au besoin, beaucoup de sites internet rappelant brièvement les règles essentielles. Il n’est d’ailleurs pas anodin que le site de l’Université de Montréal consacre plusieurs pages à rappeler très scrupuleusement les règles en vigueur.  



L’esprit et la lettre : comment citer une œuvre ?


Une citation est une reproduction exacte des paroles ou des écrits d’un auteur. Citer peut avoir de multiples fonctions, traduire une connaissance pointue et scrupuleuse d’un ouvrage, mais cela ne remplace pas les exemples concrets, ni l’effort d’argumentation et de reformulation de la thèse ou de l’idée de l’auteur. Même si elles sont les bienvenues dans les dissertations et les exposés, les citations, apprises par cœur, sont parfois plus commodes que la restitution d’un raisonnement. Pour que cette valeur ajoutée ne se transforme pas en facilité, il faut d’abord bien choisir sa citation.
Une formule lapidaire est souvent plus pertinente qu’une citation de 4 ou 5 lignes, mais son effet peut être trop littéraire. En sciences humaines, le mieux est d’éviter la citation esthétique ou la citation autorité, pour préférer celle qui apporte une définition claire des termes spécialisés, ou un « morceau choisi » et marquant d’un discours. Le risque étant que les travaux puisent toujours aux mêmes sources, on apprend cependant progressivement quelles sont les « classiques », les citations si fameuses qu’elles n’enrichissent plus le propos. Pour pallier cette difficulté (comment savoir ce que choisiront les autres ?), il vous appartient de les insérer différemment dans le corps du texte, varier les effets et les rythmes en mettant différemment en relief les citations convenues (ne rappeler, par exemple, que quelques mots) et celles qui sont plus originales.
En revanche, les règles d’insertion des citations sont les mêmes : les guillemets définissent le passage cité, les crochets encadrent les termes qui ont subi une modification grammaticale nécessaire à la cohérence de votre phrase. À l’oral, une diction expressive permet de signaler la présence d’une citation ; vous pouvez également annoncer clairement « Je cite ». En général, il faut éviter de répéter (« selon X… », « d’après X… ») : cela marque trop d’extériorité voire un respect trop scrupuleux du maître, inadéquat lorsqu’il est question de votre analyse et de votre façon de penser le problème.


Enfin, une citation sans source est nulle. Flottante, elle est douteuse; invérifiable, elle ne souscrit pas aux critères de scientificité. Vous pouvez vous contenter du patronyme du personnage que vous citez si ce personnage est mort (Spinoza), mais vous devez également donner son prénom si ce n’est pas le cas (Barack Obama). Vous devez toujours citer l’œuvre d’où le passage est extrait (soulignez le titre, mettre des guillemets lorsqu’il s’agit d’un article), et éventuellement le chapitre ou la section. Vous pouvez les indiquer en début de phrase (« Au livre VII de la République… »), ou reporter la référence entre parenthèses à la fin de votre citation. Attention, si vous choisissez de noter les chapitres, voire les colonnes (507a-507c), il faut l’observer partout : l’inégalité de traitement vous trahirait. Pour des exercices dactylographiés en revanche, il faut mentionner le numéro de page, mais aussi l’édition : nous y reviendrons plus bas.

Tous les + pour réussir :

L'auteur

Geoffroy Lauvau

 

Agrégé de philosophie, Geoffroy Lauvau est ATER à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre de l'Observatoire européen des politiques universitaires (OEPU).
Spécialisé en philosophie politique et éthique, il achève actuellement un doctorat qui réfléchit à la confrontation entre la rationalité économique et la logique d'organisation de l'institution universitaire.