lettres
La culture littéraire
Extraits
« Paradoxe : le littéraire concerne un domaine immense et lourd d'enjeux majeurs, mais les études littéraires sont souvent regardées comme de peu d'utilités. Il est banal de poser la question de leurs débouchés et elles se trouvent dans une situation fragile (voir encadré no 6). Aussi, avant de traduire les données fondamentales en indications de contenus et de démarches, un regard sur leurs raisons d'être s'impose ici.
Si le littéraire est au coeur de l'espace des adhésions, s'il explore les adhésions qui se réalisent par les plaisirs de l'esprit, la formation littéraire ne se caractérise pas par un type de sujets ou d'idées, puisque la littérature peut parler de tout. Elle ne se caractérise pas non plus par l'analyse d'un type de plaisir, puisque toute une gamme en est mise en oeuvre. Elle se caractérise par l'exploration des formes de plaisir, de choix et d'adhésion que suscitent les effets de prisme et par une réflexion sur l'activité de symbolisation.
On pourrait en dire autant de tous les arts, tous participent de l'activité imaginaire et symbolique ; mais, parmi eux, l'art verbal a un statut particulier. Un détail pratique le suggère : la musique, la danse, le cinéma, l'architecture, la peinture exigent des formations techniques spécialisées parce que ces arts recourent à des moyens techniques spécifiques. Ils ont donc, de longue date, des écoles spécialisées : pour devenir peintre, musicien ou comédien, mieux vaut passer par un conservatoire ou une école équivalente. Tandis que l'art littéraire constitue un « bien commun ».
Tous ceux qui savent lire et écrire peuvent le pratiquer. Sans nul besoin d'appareillage complexe : une plume et du papier (variante : un clavier d'ordinateur), voire la seule voix parfois, y suffisent (on notera au passage que si la littérature provoque plus de polémiques que les autres arts, c'est justement parce qu'elle est un « bien commun » : plus un objet ou un lieu est commun, partagé, plus il est matière à débat sur les façons de l'occuper, de le partager). »
Partie I, IV Enjeux : littéraire, pour quoi faire ?
« XVIIIe siècle
Alembert (Jean Le Rond d', 1717-1783). Mathématicien et philosophe, co-directeur de l'Encyclopédie (voir cet article).
Batteux (L'abbé Charles, 1713-1780). Il crée nos usages de l'histoire littéraire. Les Beaux-Arts réduits à un même principe (1746), Cours de Belles-Lettres (1747) et Principes de littérature (1764) (accessibles sur Internet).
BEAUMARCHAIS (Pierre-Augustin Caron de, 1732-1799). Dramaturge, il renouvelle la comédie gaie et satirique : LE BARBIER DE SÉVILLE (1775) et LE MARIAGE DE FIGARO (1784).
Bernardin de Saint-Pierre (Jacques-Henri, 1737-1814). Savant, réformateur, disciple de Rousseau ; un roman « de la nature », Paul et Virginie (1788).
Buffon (Georges, 1707-1788). Savant, directeur du Jardin botanique, philosophe, il a eu un immense succès avec l'Histoire naturelle (1749-1789 ; rééd. en extraits). »
Partie II, I. Corpus des écrivains et des oeuvres de langue française
« [...] la liste qui suit est classée dans l'ordre alphabétique : à chacun, au cours de ses lectures, de construire progressivement les périodes, avec leurs chevauchements et leur complexité. On notera aussi que des courants importants dans l'histoire des arts plastiques (par exemple le Cubisme) n'ont pas nécessairement eu un rôle équivalent dans les Lettres : la liste cidessous se borne à ceux qui se manifestent dans celles-ci.
Absurde. Courant qui se développa au XXe siècle, surtout après la Seconde Guerre mondiale et ses atrocités : Camus, Ionesco, Beckett. Il ne forme pas un mouvement structuré. On compte parmi ses précurseurs Kafka. La notion n'est pas vraiment endogène.
Anciens. Courant qui estime que les modèles antiques sont indépassables. Conservateur en religion, opposés aux sciences nouvelles, à la philosophie moderne, aux genres nouveaux (roman, opéra ; et donc aux galants) dans la longue querelle des Anciens et des Modernes (Boileau, Racine, Fénelon, Bossuet sont « Anciens »).
Art pour l'art. Tendance apparue au milieu du XIXe siècle (Gautier, Baudelaire…), qui considère que la littérature et les arts n'ont pas à tenir un discours de morale ou de politique mais doivent rechercher la beauté pour elle-même. L'école littéraire qui l'affirme le plus fortement est le PARNASSE (Leconte de Lisle, Heredia). Elle s'oppose à l'engagement romantique et au moralisme classique ou à celui de la tendance du « bon sens) ». Souvent des auteurs hésitent entre les deux attitudes (Verlaine). Cette idée que l'art doit être indépendant des idéologies – ce qui est en soi une idéologie – a ensuite occupé une place considérable.
Baroque. On a appelé ainsi le style tourmenté des années 1550-1650 (barocco signifie « irrégulier ») ; mais la notion n'est pas endogène. »
Partie II, V. Mouvements, écoles, courants
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L'auteur

Agrégé de lettres modernes, Alain Viala est professeur émérite de l’université Paris III – Sorbonne Nouvelle et enseigne à la Chaire de lettres françaises à l’université d’Oxford.

