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Histoire de la littérature anglaise

4 questions à l'auteur

 

Pourquoi, pour qui, avez-vous écrit ce livre ?

Mon expérience m’a permis de constater qu’il manquait souvent aux étudiants qui étudiaient tel ou tel texte, ou telle ou telle œuvre, une vision panoramique de la littérature britannique, replacée dans  l’histoire des idées et de la culture du Royaume-Uni.
C’est dans cette optique qu’à été conçu ce petit livre, qui va vraiment des premiers écrits anglo-saxons aux plus jeunes et aux plus prometteurs des écrivains britanniques contemporains, sans jamais les dissocier de leur contexte. Je me suis efforcé de dire l’essentiel en aussi peu de pages que possible, ce qui permet à l’étudiant d’avoir entre les mains un outil très fiable et très peu encombrant en même temps.

Mon secret espoir est qu’un ouvrage de ce type serve aussi de guide pratique à l’usage de non-spécialistes, par exemple pour  des jeunes et moins jeunes qui chercheraient des idées de lecture ou des occasions de sortir au théâtre. 
Il y a Pinter à l’affiche ; est-ce que ça me plairait d’aller voir ça ?
J’ai déjà lu un roman de George Orwell ou de William Golding ; comment savoir quelles sont les autres œuvres vers lesquelles je pourrais me tourner ?
Le prix Nobel vient d’être décerné à Seamus Heaney et je n’avais jamais entendu parler de ce poète irlandais ; de qui s’agit-il ?
Des amis parlaient avec enthousiasme de Jonathan Coe l’autre soir; par quoi vais-je commencer ?

L’ouvrage reste principalement destiné aux étudiants de niveau L qui ont besoin d’acquérir rapidement les repères fondamentaux de leur spécialité, mais je l’ai également pensé comme pouvant s’adresser à des étudiants  plus avancés, en quête d’idées de lectures, voire même de sujets de recherche, pour les niveaux Master et Doctorat.
Je trace beaucoup de pistes peu ou pas du tout explorées… Les « encadrés » ont cette fonction explicite. Certains chapitres, comme celui consacré au « roman féministe », ne sont pas anodins non plus. Mais dans chaque paragraphe, au détour d’une anecdote qui peut paraître insignifiante, on trouvera matière à poursuivre hors des sentiers battus.
Voyez aussi l’éventail des auteurs et genres retenus : vous trouverez tout de même Agatha Christie et Ruth Rendell à côté de James Joyce et de Henry James, ou encore Hopkins pas très loin de Peter Rabbit…


Quels conseils donneriez-vous aux étudiants pour bien l'appréhender ?

Je crois que les étudiants cherchent à être rassurés et à travailler de la manière la plus efficace possible. S’ils ont un exposé sur un poète, un dramaturge ou un romancier, ou si on leur a demandé une explication de texte sur une extrait, ils veulent trouver rapidement les renseignements qui leur seront utiles et leur éviteront de se fourvoyer. C’est pourquoi j’ai pensé qu’il fallait faire un paragraphe par auteur, ou le cas échéant par genre (« le roman gothique », par exemple), avec beaucoup de données concrètes, biographiques, bibliographiques et formelles. Il faut que l’étudiant puisse avoir très vite une vision synthétique de ce dont il va falloir qu’il parle. Aller vite à l’essentiel sur Spenser ou  Donne, Dickens ou  Charlotte Brontë,  Chaucer ou Milton, Rushdie ou Kureishi, voilà à quoi un ouvrage de ce type doit servir.

Il faudrait toutefois que les étudiants n’oublient jamais de se référer aux textes d’introduction de chaque grande partie, consacrés au  contexte socio-politique, mais aussi à l’esprit, au climat intellectuel, dans lequel chaque auteur vient inscrire son œuvre. Même si l’on cherche simplement des renseignements sur un auteur ou sur une œuvre, je conseillerais vraiment de faire ce petit détour par ces introductions partielles.
Si l’étudiant choisit d’aller au plus pressé, qu’il lise au moins rapidement les paragraphes consacrés aux auteurs regroupés autour du sujet. Par exemple, si l’on doit travailler sur Richardson, il faudrait lire rapidement les entrées consacrées à Fielding et autres romanciers contemporains. Autre exemple, est-il pensable de lire les lignes consacrées à Virginia Woolf, sans lire celles sur James Joyce ou sur Wyndham Lewis ?

Je crois enfin que l’index très complet mis en ligne sur le site des PUF peut représenter un outil de travail très efficace. Cet index était trop long pour l’inclure dans le support papier, mais il a paru si riche que nous avons décidé de le mettre quand même à la disposition des étudiants. C’est un très bel outil, d’accès facile, illimité et gratuit.
Il peut permettre notamment de se rendre compte si une forme a connu une certaine postérité, ou encore si un auteur a exercé une influence sur un autre auteur. Existe-t-il un mythe de Frankenstein ? Jane Eyre a-t-il eu des descendants ? Tapez « Frankenstein » et « Jane Eyre » et vous aurez sans doute un embryon de réponse.


À qui enseignez-vous cette année ?

J’enseigne la littérature anglaise principalement à des étudiants d’anglais. J’interviens au niveau L et M, mais je m’occupe aussi des étudiants de concours, Capes et agrégation.
J’aime bien avoir cette perspective large pour ne jamais perdre de vue à qui je m’adresse. Et cela permet de jeter les bases d’une formation inscrite dans la durée.
Il y a une extraordinaire tradition littéraire en France, unique au monde. On m’a confié cette année (2008) un petit TD sur Keats en L3. Pour être tout à fait franc, je pensais que les étudiants ne s’en sortiraient pas. Keats, c’est un romantique sensuel d’une réelle épaisseur linguistique, avec de multiples références mythologiques dont nous avons souvent perdu la clef aujourd’hui.
Le résultat a été très étonnant, puisque j’ai pu constater que dès 8h du matin l’on pouvait parler deux heures de suite d’un poème, que le débat, en anglais, était nourri et que le temps passait plus vite que prévu. Je ne fais pas partie de ceux qui se plaignent du niveau des étudiants.

Au niveau de mon séminaire de Master, je m’efforce d’initier mes étudiants aux méthodes critiques, avant même de leur parler de ce qui m’intéresse dans ma recherche actuelle, consacrée principalement pour l’immédiat aux récits d’exploration et aux écritures de vie (autobiographies, biographies) en Angleterre.
Je tiens à ajouter que j’ai la chance d’enseigner aussi à des masterants non-anglicistes, inscrits en littérature française, en littérature comparée, en philosophie, etc. Le cours se fait en anglais. Ils m’épatent vraiment. Il est clair pour moi qu’il y a une vraie demande pour aller dans cette direction. Là encore, il y a tout de même une excellente tradition française, qu’il ne s’agirait pas d’oublier ou de renier. Hors de question de fustiger les classes préparatoires aux Grandes Ecoles, qui mettent justement à l’honneur ces formations générales de haut niveau.

Je suis convaincu qu’il faut décloisonner les formations : il faudrait que les anglicistes aient une formation en philosophie ou en littérature française et que les comparatistes travaillent dans la langue d’origine.
De même qu’il faudra bien un jour que notre pays accepte l’idée qu’un historien ou un philosophe peuvent faire un excellent cadre d’entreprise. En Angleterre, je connais une étudiante ayant fait sa thèse sur un obscur poète français de la Renaissance qui vient d’être engagée à un poste de responsabilité par une grande banque. Les recruteurs ont estimé qu’elle avait fait la preuve d’une extraordinaire adaptabilité, de compétences intellectuelles hors du commun, d’un sens de l’initiative rare et d’un vrai esprit d’équipe.
À quand en France un responsable des ressources humaines qui aura fait un doctorat sur le sonnet de Shakespeare ? Si l’on est capable de faire une telle recherche dans une langue étrangère, on est capable de tout faire.


Quels conseils donneriez-vous aux étudiants pour réussir leur rentrée ?

Je vais parler pour les anglicistes littéraires. Il faudrait vraiment avoir lu les œuvres au programme avant la rentrée : lire, cela veut dire aussi prendre quelques notes, se faire un carnet de citations, rédiger un synopsis, mettre en fiches certains thèmes, jeter sur le papier certaines idées personnelles. Mais l’important à ce stade, c’est quand même le plaisir de la lecture, de la découverte d’un esprit et d’une langue.
Le cours permettra de relire le texte une deuxième fois (c’est quand même le minimum), à partir des orientations  fournies par l’enseignant-chercheur. C’est le moment du travail de fond, notamment sur la matérialité du texte, ses dispositifs énonciatifs, sa rhétorique, ses références implicites ou explicites à d’autres textes, etc. Il reste que la première lecture est la garantie d’une vision personnelle de l’œuvre. L’étudiant se distinguera ainsi par l’originalité et par l’audace de son interprétation.

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de lire beaucoup d’ouvrages critiques dans un premier temps. Certainement pas au niveau L en tout cas. Mais attention : au niveau concours, les critiques peuvent fournir un vocabulaire précieux, et il faut étudier leur façon de présenter les choses. Bien sûr, à partir du niveau M, un état de la critique s’impose avant de définir l’orientation de sa propre recherche !

J’ai un credo plus général, à mettre en relation avec ma méfiance à l’égard de toute spécialisation étroite de manière prématurée : il faut que les étudiants lisent et lisent encore. De tout, des journaux, des romans policiers, des classiques, des essais théoriques, etc.  Il faut aussi écouter la radio (Radio 4 par exemple), regarder des chaînes de télé étrangères, aller au théâtre, pour y voir les chefs-d’œuvre du répertoire, mais aussi des œuvres moins reconnues
Il y a quelques années, je suis allé voir par hasard une pièce de Sarah Kane, dont personne ne parlait à l’époque. Le génie à l’état brut, rencontré dans une petite usine désaffectée, pour une somme dérisoire. J’ai vu qu’on jouait Martin Crimp en ce moment. Il faut s’y précipiter. Ce n’est pas du travail ; c’est une façon d’être. De la curiosité ou de l’ouverture d’esprit, si vous voulez. Mais c’est surtout un style, un style de vie, un style de rapport à l’autre. J’ai aussi conçu cette histoire de la littérature anglaise dans cet esprit : je voudrais qu’elle donne envie de sortir, et de lire tous azimuts, des romans et des poèmes, certes, mais aussi des essais, des biographies, des autobiographies, etc.

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Frédéric Regard

 

Né en 1959 à Alger, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’anglais, Frédéric Regard occupe depuis septembre 2008 le poste de littérature anglaise des 19ème et 20ème siècles à l’Université de Paris IV- Sorbonne.
Après avoir travaillé sur le roman anglais du 20ème siècle, Frédéric Regard a créé en 1997 une équipe de recherche spécialisée dans l’étude des « écritures de vie » (SEMA, rattachée à l’UMR 5611, LIRE), dont il est le directeur jusqu’en 2010. Il dirige également un programme de traduction et édition des fondamentaux du féminisme anglo-saxon, publié par ENS-Éditions. Outre de très nombreux articles en France et à l’étranger, Frédéric Regard a publié des ouvrages personnels sur William Golding, George Orwell, Virginia Woolf ; il a dirigé également des ouvrages collectifs sur la biographie et l’autobiographie en Angleterre, ainsi que sur les récits d’exploration anglais. Il travaille actuellement à un ouvrage consacré à Josephine Butler, féministe anglaise du 19ème siècle.

 

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