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Histoire de la littérature anglaise

Extraits


L’âge d’or du roman

    a - Le roman « réaliste »

Au XIXe siècle, la « réalité » doit se représenter avec exactitude (n’oublions pas que la photographie est inventée en 1839, le cinéma en 1895), de manière à alimenter une réflexion bien informée, initiée par les multiples tensions qui traversent le corps social. Le lecteur victorien attend qu’on lui parle d’un monde nouveau : la société d’avant le chemin de fer a bel et bien disparu, et l’avenir peut réserver de bonnes comme de mauvaises surprises ; l’image d’un système économique autorégulé, en particulier, fait craindre une déshumanisation des relations humaines.
Le « roman réaliste », souvent lu à voix haute et en public, doit donc certes divertir son lecteur, mais l’aider aussi à se forger une idée des problèmes modernes, et à esquisser des solutions acceptables. Le roman joue dès lors un rôle bien plus important que celui de simple fenêtre sur le monde. Ainsi, de Charles Dickens à Thomas Hardy, le romancier s’indigne-t-il du sort réservé aux enfants, aux travailleurs, aux pauvres ou aux femmes. Adoptant des stratégies d’écriture différentes (le documentaire, la satire, la tragédie, le mélodrame), il assume un rôle de redresseur de torts, sans pour autant se livrer à une critique du système en place. Entre reconnaissance du conflit comme force dynamique du lien social et aspiration à une résolution symbolique dans l’harmonie, le roman réaliste est par conséquent la forme privilégiée du compromis victorien : il favorise un fort sentiment d’appartenance à une communauté concrète qui n’est pas fondamentalement menacée, tout en donnant l’impression d’une approche objective, voire « scientifique », du réel. C’est pourquoi le bon fonctionnement du texte repose nécessairement sur une conception « classique » du personnage (un sujet autonome, pris dans une intrigue chronologique) et du milieu dans lequel il évolue (le monde fait sens, et il peut être reflété dans le miroir de l’écriture) ; le roman victorien suppose enfin une conception « classique » de l’auteur et du narrateur, sûrs de leur puissance quasi divine.

Histoire de la littérature anglaise, troisième partie – L’époque victorienne, Chapitre I, p. 126-127.


   
Le théâtre
   
    a - Le théâtre de la contestation


Les années 1940 et 1950 sont dominées par la « Well-Made Play », tradition dans laquelle excelle Terence Rattigan, dont l’objectif reste bien de flatter « Aunt Edna », la spectatrice bourgeoise moyenne. Ses pièces parfaitement maîtrisées, en particulier The Winslow Boy (1946), The Browning Version (1948), The Deep Blue Sea (1952) et Separate Tables (1954), demeurent de grands classiques. Ces œuvres font même l’admiration de David Rudkin, dont les drames violents et mystiques donnent pourtant le beau rôle aux seuls homosexuels (Afore Night Come, 1962 ; Ashes, 1974).
C’est en réaction contre ce théâtre que s’élabore une nouvelle esthétique à la fin des années 1950 : encouragé par le critique Kenneth Tynan, le « Kitchen Sink Drama » prône un hyperréalisme domestique et ouvrier. « Aunt Edna » suscite également des réactions féministes : Joan Littlewood choisit de monter A Taste of Honey (1958) de Shelagh Delaney, qui après avoir vu une pièce de Rattigan ressent le besoin impérieux de faire entendre la voix d’une jeune ouvrière enceinte d’un marin noir. La même année, l’English Stage Company, fondée par George Devine pour servir la nouvelle génération, présente au Royal Court Theatre The Sport of My Mad Mother d’Ann Jellicoe, qui remet le corps au centre des préoccupations théâtrales. Littlewood assure également la mise en scène des pièces de l’activiste catholique irlandais Brendan Behan (The Quare Fellow, 1954 ; The Hostage, 1958). En 1968, grâce notamment à Osborne et Tynan, invités à présenter leurs arguments devant la Chambre des lords, la censure théâtrale régissant le monde du spectacle depuis 1737 est abolie par un nouveau Theatres Act. La conjonction d’un sentiment d’exaspération vis-à-vis des gouvernements, d’une part, et d’une très large liberté d’expression, d’autre part, produit une situation propice à la créativité théâtrale, subventionnée depuis la fin de la guerre.


Histoire de la littérature anglaise, quatrième partie – Le XXe siècle, Chapitre II, p. 226.

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