économie
Monnaie, banques, finance
Extraits
« Introduction
Une crise a beau être douloureuse pour tous ceux qu’elle touche, elle se révèle toujours une occasion
d’ébranler les certitudes, de susciter de nouvelles questions et d’élargir son horizon de compréhension. La récente crise financière fournit sans conteste cette occasion. La mécanique économique apparaît aussitôt moins fluide, révèle ses points de grippage et ses nouveaux rouages. Quelles incidences cela a-t-il quand il s’agit de réaliser un manuel consacré à l’économie financière ?
Trois grandes incidences au moins. La première est sans doute la nécessité d’élargir le spectre autant que possible : ce manuel n’est concentré ni sur la monnaie, ni sur les banques, ni sur la finance, il tente d’englober ces trois sphères pour mieux cerner leurs interrelations et leurs connexions à la sphère économique réelle. La deuxième est que cela oblige à mettre les théories à l’épreuve des faits : ce manuel présente les grandes lignes droites des théories, sans oublier d’explorer les courbes plus sinueuses des faits. La troisième est qu’à vouloir comprendre ce qui est, ce qui s’est passé, on en vient vite à l’idée de ce qui devrait être ou de ce qui aurait dû être : dans ses développements, ce manuel se situe tantôt dans l’analyse positive, tantôt dans l’analyse normative ; que celui qui est déjà parvenu à analyser des faits économiques et sociaux en étant totalement dépourvu de jugement nous jette la première pierre ! L’objectif n’en reste pas moins de fournir aux lecteurs un outil de compréhension et de décryptage, et non un bréviaire.
La crise financière constitue la toile de fond de cet ouvrage, qui demeure cependant un manuel parcourant les grands thèmes standards de l’économie financière. Dans ce manuel, il sera donc question de la « monnaie », de ses formes et de ses mesures, de sa création et de son influence, de la capacité limitée qu’ont aujourd’hui les banques centrales à la contrôler ; des « banques », de leur raison d’être, de leur fragilité, de leur transformation et de leur rôle au coeur de la crise financière ; de la « finance », dans une perspective à la fois microéconomique – au travers du fonctionnement des marchés, du comportement de leurs acteurs, des taux d’intérêt qui s’y forment – et macroéconomique, via l’analyse plus globale des systèmes financiers, de leur instabilité et de leur nécessaire encadrement.
Le sommaire choisi pour traiter de ces thèmes ne suit toutefois pas à la lettre l’ordre du titre : l’ouvrage débute par la finance pour permettre au lecteur de cerner la nature, la diversité des échanges financiers et la dimension prise par ceux-ci. Il aborde ensuite la question de la monnaie dont la finance a brouillé les frontières : sans tout à fait gommer la nature particulière de la monnaie, l’essor de la finance tend à en faire un actif parmi d’autres, au sein d’une large gamme où le monétaire jouxte le financier.
Vient ensuite l’étude des banques dont le coeur d’activité (crédits et dépôts) ne se conçoit bien qu’après avoir compris le processus de création monétaire dont elles sont les acteurs majeurs, et dont les transformations récentes (développement des activités de marché, titrisation, etc.) sont à mettre en perspective avec l’essor des marchés de capitaux.
Une fois posées ces trois pierres angulaires peuvent ensuite être présentés, dans un ordre qui importe moins, les systèmes financiers en tant que combinaison variable des banques et des marchés permettant le financement de l’économie, puis la politique monétaire en tant qu’instrument de régulation indirect de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie, et enfin l’instabilité intrinsèque des systèmes financiers dont la crise actuelle rappelle la nécessité impérieuse d’y parer. »
Monnaies, banques, finance de Jézabel Couppey-Soubeyran, Introduction, pages 9 et 10.
« 2. Marché obligataire
a – Les obligations
Le marché obligataire est celui de la dette à plus long terme. L’État et les grandes entreprises s’y financent en émettant des obligations dont l’échéance est supérieure à 1 an, le plus souvent supérieure à 5 ans ou à 10 ans. Le seuil long des échéances du marché des TCN recouvre amplement le seuil court du marché des obligations, ce qui signifie qu’en termes d’échéances, la gamme des titres de dette est complète.
L’obligation est, comme un titre de créance négociable, remboursable à l’échéance. Il existe toute une gamme d’obligations que l’innovation financière n’a cessé d’élargir : la plupart sont à taux fixe mais certaines sont à taux variable, d’autres à taux révisable, certaines ne versent pas de coupon (obligations zéro coupon), quand d’autres versent une rente perpétuelle et n’ont pas d’échéance.
Cela étant, lorsqu’il s’agit d’une obligation standard, celui qui la détient perçoit périodiquement, tout au long de la période de détention, une rémunération appelée « coupon ». Le taux de coupon, qui correspond au rapport entre l’intérêt versé et le montant d’émission, est plus ou moins élevé au moment de l’émission, selon les conditions du marché, la monnaie d’émission, la durée du prêt et le risque de l’émetteur.
Ce dernier fait l’objet d’une notation (voir encadré n°2) qui fera varier sensiblement la rémunération qu’il devra proposer pour attirer les investisseurs. Plus la note est faible (indiquant un risque de défaut élevé de l’émetteur), plus la rémunération du titre doit être élevée pour compenser le risque de défaut de l’émetteur. En revanche, une obligation émise par un État bénéficie, en règle générale, de la meilleure note possible (le risque de non-remboursement est estimé quasi nul) et verse donc une rémunération plus faible. Bien entendu, si l’État émetteur est celui d’un pays fortement endetté ou instable politiquement, sa note sera alors plus faible ou pourra faire l’objet de dégradation.
La monnaie d’émission a également son importance pour un investisseur étranger : un titre émis dans une monnaie autre que celle de l’investisseur expose celui-ci à un risque de change (c’est-à- dire à un risque de perte lié aux variations du taux de change), a fortiori si le cours de change de la monnaie d’émission est instable. »
Monnaies, banques, finance de Jézabel Couppey-Soubeyran, Premier chapitre: Les marchés de capitaux, leurs produits et leurs acteurs, pages 18 et 19.


Monnaies, banques, finance de Jézabel Couppey-Soubeyran, Premier chapitre: Les marchés de capitaux, leurs produits et leurs acteurs, pages 34 et 35.
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Jézabel Couppey-Soubeyran est maître de conférences à Paris I Panthéon-Sorbonne. Elle enseigne notamment les théories et mécanismes monétaires en deuxième année de Licence, les systèmes financiers en Master 2 Recherche et la supervision prudentielle en Master 2 Professionnel.

